Quelque chose de vieux, de neuf, d'emprunté, de bleu : d'où cela vient-il ?

Quelque chose de vieux, de neuf, d'emprunté, de bleu : d'où cela vient-il ?

9 min de lecture

C'est une comptine anglaise de l'époque victorienne qui énumère quatre porte-bonheur que la mariée emporte : quelque chose de vieux pour la continuité avec sa famille, de neuf pour l'avenir, d'emprunté à une femme heureuse en ménage, et de bleu pour la fidélité. Un cinquième vers ajoute une pièce d'argent dans la chaussure, pour la prospérité.

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Disons-le tout de suite, parce que c'est la première chose qu'un lecteur français doit savoir : cette comptine n'est pas une tradition française. Elle est anglaise, elle a très bien voyagé en Irlande, en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande, et elle est arrivée ici par les films et les blogs mariage. Beaucoup de mariées françaises la reprennent aujourd'hui, et c'est parfaitement légitime — mais c'est un emprunt, pas un héritage.

Cet article explique d'où elle vient, ce que chacun des quatre objets est censé signifier, le vers de la pièce d'argent qui a disparu, et ce que les gens utilisent réellement. Il regarde aussi ce que les mariées portaient et portent encore en France pour le même moment, quand la lecture anglaise ne colle pas à votre famille.

1. D'où vient la comptine

La version complète dit : something old, something new, something borrowed, something blue, and a silver sixpence in her shoe. Elle est anglaise, et on la rattache d'ordinaire au Lancashire de la fin du XIXe siècle : elle apparaît dans des recueils de dictons locaux imprimés autour des années 1870 et 1880.

Elle est donc victorienne et non médiévale, ce qui surprend. Elle est apparue à peu près au moment où la robe blanche devenait la norme, et les deux se sont diffusées dans le monde anglophone par la même route : les manuels de savoir-vivre imprimés, les magazines et la photographie.

Le vers de la pièce est celui qui est tombé, pour une raison pratique : la pièce de six pence en argent a été retirée de la circulation britannique en 1980, et l'objet est devenu un souvenir vendu comme cadeau de mariage, monté ou présenté dans une boîte. C'est un article britannique, à un prix britannique ; il n'a jamais circulé en France et aucune pièce française ne joue ce rôle.

En Europe continentale la comptine est restée largement inconnue, et c'est vrai de la France : vos grands-mères ne l'ont pas suivie. Cela vaut la peine de s'en souvenir si vous entrez dans une famille qui n'en a jamais entendu parler — et cela vaut la peine de l'expliquer en une phrase si vous décidez de la reprendre.

Trois des quatre objets parlent d'autres personnes. C'est probablement cela, plutôt que la chance, qui explique que la comptine ait duré.

2. Ce que chaque objet est censé signifier

Les lectures ci-dessous sont les lectures traditionnelles. Ce sont des croyances populaires et non une doctrine, et les sources les formulent différemment.

ObjetSens traditionnelChoix courant
Quelque chose de vieuxLa continuité avec la famille et le passéUne broche de grand-mère, un mouchoir, un morceau de dentelle cousu dans la robe
Quelque chose de neufLa confiance dans le mariage qui commenceLa robe elle-même, les chaussures, des boucles d'oreilles achetées pour le jour
Quelque chose d'empruntéLe bonheur emprunté à un couple qui marcheUn bijou d'une mère, d'une tante ou d'une amie
Quelque chose de bleuLa fidélité, la constance, l'amourUn ruban dans l'ourlet, des chaussures bleues, une pierre dans le bouquet
Une pièce d'argentLa prospéritéUne pièce dans la chaussure, ou scotchée à l'intérieur pour le confort

L'objet emprunté porte la consigne la plus précise : il doit venir d'une femme dont le mariage est heureux, l'idée étant qu'une part de cette chance se transmet. C'est aussi celui qui produit la meilleure histoire, parce que le demander est déjà une conversation en soi.

On dit souvent que le bleu était associé à la fidélité et à la pureté bien avant la comptine, et il existe une filiation plausible avec d'anciennes tenues de mariée européennes. C'est répété partout, mais ce n'est pas solidement documenté : traitez-le comme l'explication reçue et non comme un fait.

2. Ce que chaque objet est censé signifier — Quelque chose de vieux, de neuf, d'emprunté, de bleu : d'où cela vient-il ?

3. Ce que les gens utilisent réellement

Les quatre objets sont censés être petits et pour l'essentiel cachés. Rien ici n'a besoin d'être visible sur une photo.

Le vieux. La bague d'une parente portée à la main droite, un médaillon épinglé à l'intérieur de la robe, un morceau de la robe de mariée d'une mère ou d'une grand-mère cousu dans l'ourlet, un chapelet ou un missel de famille, une montre. Quand un parent est mort, c'est très souvent cet objet-là qui le fait entrer dans la journée.

Le neuf. Le plus facile des quatre, parce que la tenue le fournit d'elle-même. Si vous voulez qu'il ait un sens, choisissez l'objet que vous continuerez à porter après, plutôt que celui que vous porterez une fois.

L'emprunté. Des boucles d'oreilles, un bracelet, un voile, un peigne, une pochette. L'essentiel est le prêt et non l'objet : demandez donc quelque chose auquel la prêteuse tient vraiment, et rendez-le vite.

Le bleu. La catégorie la plus inventive. Un ruban cousu dans l'ourlet, un fil bleu pour broder les initiales, des semelles bleues, un saphir, des myosotis ou des chardons dans le bouquet, un vernis bleu, une étiquette bleue glissée par la couturière.

Un mot sur la jarretière, qui est en France l'objet bleu par excellence et le seul point de contact réel entre cette comptine anglaise et un usage local. Elle fonctionne très bien, mais elle n'est qu'une option parmi d'autres, et elle traîne derrière elle une séquence de soirée — le retrait de la jarretière — dont tout le monde ne veut pas. Choisir un ruban dans l'ourlet permet de garder le bleu sans hériter du reste.

4. Quand la version traditionnelle ne va pas

La comptine suppose une mariée avec des archives familiales, une mère à qui emprunter et un mariage construit autour d'elle. Beaucoup de mariages ne ressemblent pas à cela, et la coutume s'adapte sans peine.

  • Pas d'objets de famille. Vieux ne veut pas dire ancien. Un livre que vous avez depuis l'enfance, un billet, un bijou fantaisie chiné sur un marché, un vieux collier d'une amie font parfaitement l'affaire.
  • Famille absente ou brouillée. Empruntez à la famille que vous vous êtes choisie. La comptine parle d'un mariage heureux, pas d'un lien de sang.
  • Deux mariées, ou deux mariés. Les deux peuvent porter les quatre objets, se les partager, ou ignorer complètement le genre de la tradition. Rien dans la comptine n'exige une mariée, sinon sa propre histoire.
  • Un remariage. Les objets fonctionnent à l'identique. Le vieux peut venir des années intermédiaires plutôt que de l'enfance.
  • Vous n'êtes pas superstitieux. Lisez-la comme quatre catégories de souvenir plutôt que comme de la chance, ce qui est de toute façon plus proche de la façon dont la plupart des gens la prennent.

La seule version qui ne fonctionne pas est la version liste de courses : quatre objets achetés neufs en une semaine pour cocher les cases. Le vieux et l'emprunté ne tirent leur sens que du fait que quelqu'un d'autre les a eus avant vous.

Et si rien de tout cela ne vous parle, la France a ses propres porte-bonheur pour le même moment, plus discrets et sans comptine : le brin de muguet glissé dans le bouquet d'une mariée de mai, le mouchoir brodé d'une grand-mère, un bijou de famille, une médaille. Personne ne vous demandera d'en avoir quatre.

4. Quand la version traditionnelle ne va pas — Quelque chose de vieux, de neuf, d'emprunté, de bleu : d'où cela vient-il ?

5. Qui s'en occupe, et quand

En pratique, c'est un travail du matin même, mais la collecte commence des semaines avant et revient souvent à la personne la plus proche de la mariée.

  1. Six à huit semaines avant : demandez ce qui doit être emprunté. Demander le jour même met les gens au pied du mur et exclut tout ce qui n'est pas dans la pièce.
  2. Quinze jours avant : vérifiez que l'objet fonctionne avec la tenue. Une broche qu'on ne peut épingler nulle part sans risque est un problème qu'il vaut mieux découvrir tôt.
  3. La semaine précédente : réunissez les quatre dans un seul sac, avec les chaussures.
  4. Le matin : la personne qui aide à s'habiller coche la liste. C'est le moment traditionnel, en général calme et assez bref.
  5. Après : rendez l'objet emprunté dans la semaine, avec un mot. C'est la partie qu'on oublie le plus souvent.

Si plusieurs personnes apportent quelque chose, tenez une liste : trois tantes fournissant chacune discrètement une broche à emprunter est un résultat parfaitement réel. Ces petites notes logistiques se gardent le plus simplement à côté du reste du programme, sur votre site de mariage, où la personne qui vous aide à vous préparer peut les consulter.

Une dernière chose à dire franchement : il n'arrive rien si un objet manque. C'est une croyance populaire victorienne, pas une check-list à conséquences, et une mariée qui arrive avec trois objets sur quatre ne doit pas un moins bon mariage à qui que ce soit.

Prenez les quatre objets comme des invitations et non comme des obligations : quelque chose de votre passé, quelque chose pour la suite, quelque chose prêté par une personne dont vous admirez le couple, et un petit bout de bleu que personne d'autre ne verra. Demandez tôt ce qui doit être emprunté, et rendez-le avec un mot. Et si rien dans les archives familiales ne convient, inventez votre version : c'est elle que vos enfants raconteront.

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